Le temps des Chrysalides

Il y a bientôt une décennie, j’expliquais l’impact des étalements de livraisons, ainsi que celui des réductions de flottes face à un besoin de potentiels de vols.
Mais, depuis quelques années, fort des livraisons, les #NH90 de l’ #ALAT ont dépassé les besoins de masse critique, tant en nombre de cellules qu’en potentiels d’heures de vols (HdV).
Eviter le parc sur-dimensionné
Si votre parc devient surdimensionné (en potentiels d’heures de vol par rapport à votre besoin), vous vous retrouvez dans une situation où le driver de vos passages en visites devient les échéances calendaires.
Dans ce cas de figure, vous avez donc…
- un gaspillage de vos potentiels (non-consommés) ;
- et des passages en visites périodiques qui ne sont pas requis par les consommations de potentiels ;
- induisant un coût de MCO / HdV plus important.
Typiquement, vous êtes dans la partie orange du graphique :

Vous avez une surcapacité de débit.
… Ou pas, d’ailleurs :
Quel est votre driver ?
Vous pensez que c’est le nombre d’appareils ?
Pas nécessairement :
Toute une partie de votre système est définit par rapport à votre plan de consommation d’Heures de Vol.
La conséquence est une difficulté à identifier votre \ vos ressource(s) critique(s), qui n’est alors pas le nombre de cellules.
Un parc sur-dimensionné par rapport au besoin de consommation (d’HdV), mais dont certains facteurs sont déterminés (en tout ou partie) par cette consommation, et donc sous-dimensionné par rapport au parc, conduit à une dissipation de l’efficacité.
Ou pour l’illustrer très trivialement :
- un appareil a toutes ses pales principales, mais il lui manque une pale arrière…
- et un autre appareil a toutes ses pales arrières, mais il lui manque une pale principale.
En l’état, aucun des deux ne peut voler.
Pourtant, vos nombres de pales principales et arrières ont été correctement calculés et dimensionnés par rapport à votre besoin de consommation de potentiels.
Consommer moins, mais consommer mieux
Un axe clé de l’optimisation dans une approche d’Excellence Industrielle (Théorie des Contraintes (ToC), Chaine Critique) est la réduction de l’encours, pour privilégier une logique de pilotage par débit.
L’encours, c’est de la dispersion de moyens.
- Dans l’espace (« au four et au moulin », don d’ubiquité demandé aux personnels, aux pièces de rechange…),
- et dans le temps (désalignement des priorités entre les acteurs).
Réduire le parc (*), en mettant une partie de celui-ci sous cocon, crée les mêmes effets qu’une réduction d’encours en milieu industriel : il permet de recentrer les moyens.
(* dans la limite de ne pas créer un besoin d’ubiquité aux appareils, soit un sous-dimensionnement du parc actif, vis-à-vis des besoins de vols potentiellement simultanés)
En outre, vos moyens ne sont pas réduits :
- stocks de pièces de rechanges
- personnels maintenanciers
- etc…
Vous jouissez donc de la capacité de ces moyens mais pour soutenir un parc plus petit, donc moins dispersé (entre appareils), tout en assurant le même plan de consommation d’Heures de Vol.
Les effets immédiats sont :
- une hausse de la disponibilité de chaque appareil
- une baisse des manquants et des cannibalisations (cannibalisations qui génèrent surcoût & immobilisation)
- un coût à l’HdV plus faible
- un coût global de MCO plus faible
- meilleure identification des ressources critiques
- des temps de traitement & de réponses aux demandes plus rapides
Une meilleure dispo pour un coût plus faible
Ca peut paraitre contre-intuitif, et pourtant :
Moins de cannibalisations (du fait de manquants, qu’importe les causes). Donc un gain sur les coûts et les immobilisations (et parfois aussi les casses) qu’occasionnent ces cannibalisations.
Des stocks de pièces et autres moyens (dont RH) disponibles dans les mêmes volumes mais pour supporter moins d’appareils. Conduisant mécaniquement à une meilleure disponibilité de chacun des appareils, ainsi qu’un meilleur temps de réponse aux demandes (de pièces, RH, etc…).
Peut importe votre nombre d’appareils ou le nombre d’HdV prévu, votre nombre de visites n’est pas plus important avec un parc réduit.
C’est la consommation des potentiels qui détermine la fréquence de passages en visites au niveau du parc global (*).
La croyance d’un nombre de visites plus élevé, ou d’une fréquence plus élevée, tient au pourcentage du temps que chaque appareil passe en visite, soit sa fréquence de passage en visite. C’est une erreur de lecture.
(* dans le cas de figure où votre parc n’est pas sur-dimensionné)
Ainsi, par exemple, si vous avez un parc d'appareils devant passer en visite toutes les 400 HdV, et que vous planifiez 4000 HdV / an, vous aurez 10 visites / an.
Que vous ayez 5 appareils (chacun aurait 2 visites / an), 10 appareils (chacun aurait 1 visite / an), ou 20 appareils (chacun aurait 1 visite / 2 ans). Votre nombre de visites ne changera pas.
Ce qui changera, ce sera votre encours immobilisé en maintenance (votre Disponibilité Technique, en somme) : moins vous avez d’appareils (tout en restant dans un mode où le driver est les potentiels), plus ils seront immobilisés en visites.
Mais en réalité, cette disponibilité technique, dans ce cas de figure, n’importe pas mise à part vis-à-vis du besoin simultané (cf. ci-avant). Et c’est là la seule raison d’être de la disponibilité technique.
Ainsi, un parc réduit (mais suffisant) ne coûte pas plus cher et ne crée pas plus d’encours en visites (au niveau du parc lui-même). L’effet ressenti, d’une hausse d’encours immobilisé en visite, l’est de manière relative en pourcentage du parc.
Mais, l’important, n’est pas la disponibilité technique en pourcentage de ce parc, mais le nombre d’appareils en ligne de vol. Vis-à-vis du besoin de simultanéité (besoin de vols potentiellement simultanés).
Tout cela, considérant un parc actif à même d’offrir la bande passante d’HdV (cf. le graphique ci-avant).
En revanche, un parc dont le driver est les échéances calendaires génère un surcoût.
Ainsi, par exemple, Si votre parc impose des visites toutes les 400H \ 2Y (2 ans), que vous prévoyez de voler 4000 H / an...
Si vous disposez de 30 appareils, vous avez donc 30 x 400 = 12000 HdV en potentiel sur 2 ans, contre un besoin de 8000 HdV.
La conséquence est qu'au lieu de supporter 20 visites tous les 2 ans, vous devrez en supporter 30.
Il est dans l’intérêt d’un parc, pour l’optimisation de son exploitation, et faciliter sa montée en maturité (en appliquant une méthode « POOGI » sur les ressources critiques), de mettre une partie de celui-ci sous cocon afin d’exploiter un parc actif plus réduit.
Julien Maire.

