La notion de Stocks

Je vais aborder différents concepts, étape par étape, et nous allons allez graduellement vers la définition conceptuelle du #stock.
Le 0-stock
Tuons d’emblée la chose : le principe du Zero-stock ne signifie pas « zéro stock » !
Le 0-stock est dérivé du 0-waste (Zero gaspillage). C’est un concept visant à traquer et éliminer toute source de gaspillage.
La notion de gaspillage peut varier en fonction du champ d’application et de l’objectif que ça sert. Mais pour faire simple, considérez que c’est tout ce qui crée de la perte de performance.
En aucun cas (!) il est question de supprimer [subitement] tous les stocks, mais de chercher à tendre vers 0 stock en réduisant les causes d’existence des stocks, et tout particulièrement des stocks inutiles.
(Et, oui, on peut réduire des stocks utiles, en oeuvrant sur le process afin de les rendre superflus ; ça fera peut-être l’objet d’articles ultérieurs)
Les stocks inutiles
Un stock inutile (ou superflu) est un stock qui n’est ni tactique, ni stratégique. Il n’est pas nécessaire au fonctionnement et sa présence ne contribue pas à augmenter ou maintenir un débit.
Concrètement, si à un point donné vous avez par exemple 50 pièces en stock tampon mais que votre process ne fait jamais descendre celui-ci en-deçà de 40, vous avez un stock inutile. Dans l’exemple présent, vous avez a priori un stock inutile de 30 à 40 pièces (selon échantillon temporel de mesure et couverture de risque).
Ces stocks sont un gaspillage.
Les stocks tactiques
Abordons tout d’abord les stocks tactiques, puisque ce sont en particulier ceux-ci qui sont ciblés par le 0-stock :
Ce sont des stocks qui pallient des gaspillages, des non-performances, parfois aussi certains cas très particuliers d’aléas.
Enfin, ce sont aussi les stocks transitoires liés aux lots de commandes & livraisons (par carton, palette, camion…).
Concernant ces stocks, je vous invite à regarder cette vidéo sur un principe de base bien connu en Excellence Industrielle : la métaphore de la rivière :
Ces stocks tactiques sont souvent mis en regard de frictions internes. Bien que toute friction n’a pas besoin d’être couverte. Mais j’y reviendrai dans un autre article qui abordera la notion de débit…
Stocks stratégiques
Si les stocks tactiques sont souvent « distillés », les stocks stratégiques répondent à une toute autre logique :
Un stock stratégique est un stock pensé, dimensionné et positionné à un point stratégique pour éviter un effet falaise sur le débit.
Il se situe habituellement en amont ou en aval d’un poste goulet :
- En amont, lorsque ce poste goulet détermine le débit par son rythme.
- Puisque le poste fait le débit, ou le rythme, on voudra maximiser son exploitation. Il ne faut donc pas que des aléas amont puissent se répercuter sur celui-ci.
- Davantage en aval lorsque ce poste goulet détermine le débit par le côté erratique de son rythme.
- Si le poste a tendance à être peu stable, subir des pannes, etc., on préfèrera positionner le stock stratégique en aval afin de conserver en sortie un débit régulier.
- C’est typiquement le cas des stocks de sécurités qui visent à couvrir un risque sur la chaine d’approvisionnements externes, telle qu’une rupture de cet approvisionnement.
- Ainsi, les stocks de matières premières, par exemple, sont des stocks stratégiques.
Débit, loi de Little, inertie & obsolescence
Nous aborderons ces notions dans un article dédié au principe de débit.
Considérez simplement ici que le débit est une quantité dans un intervalle de temps donné.
Acceptez ici que le stock est au service du débit.
Du stock vers LES stocks
Lorsqu’il est question de stock, cela concerne souvent les pièces servant à constituer un ensemble…
Or, ce n’est pas que ça :
Toutes les branches tangibles du 5M\8M ont leurs stocks propres :
Réserve de trésorerie, réserves capacitaires (telles que l’appel à des heures supplémentaires), etc…
Plus encore : l’astreinte !
L’astreinte, c’est réserver la disponibilité d’une ressource humaine avec ses compétences comme stock de sécurité face à un risque de besoin, et donc d’ordre de production d’un effet en réponse.
En l’occurrence, nous sommes dans le cas d’un « stock » placé en aval d’un poste goulet erratique (débit inconstant) tel que dans le cas de métiers de jour pour lesquels il y a une astreinte de nuit (pompiers, médecins, pharmacies…)
La notion de stock ne se limite pas qu’aux sous-éléments constitutifs d’un élément d’ensemble, mais à toute composante tangible participant au débit :
Ainsi, les pièces et matières premières, mais aussi la trésorerie, les ressources humaines et matérielles etc…
Vers le stock intangible
Tous ces stocks ont un point en commun et servent en réalité à stocker de manière transformée la seule chose qu’on ne sait stocker en l’état :
Considérant que :
- Un stock = une quantité d’un élément
- Un débit = une quantité d’un élément dans un intervalle de temps donné
- soit : débit = quantité / temps
- Un stock sert à maintenir un débit [de sortie] en cas de rupture ou dégradation sur le débit de l’élément stocké
- soit : stock = débit durant un temps donné
- L’unité de mesure n’est pas la quantité, mais le débit
Vous comprendrez alors que :
… le stock assure une fonction de débit de l’élément stocké, pour un temps donné.
Stock = Débit * Temps
Du temps.
Les stocks sont une réserve de temps. Et, en un sens, la seule possibilité de ‘remonter le temps’, d’un « si j’avais su ».
Il vous permet de générer ou maintenir du débit alors même que, hors ce stock, l’état du processus créateur de ce débit est défaillant.
Du temps. Du temps pour maintenir un débit de sortie … le temps que le processus créateur génère à nouveau du débit de sortie.
C’est à cela que sert un stock. Et à rien d’autre.
Nous verrons d’ailleurs dans l’article sur le débit, les effets néfastes…
- de penser le stock comme « créateur de débit » en propre
- ou encore de mettre le débit au service d’un stock (que l’on pense stratégique et qui est en réalité tactique)
Ainsi, typiquement, les stocks de munitions au sein des armées, sont des stocks en aval de la chaine d’approvisionnement et n’ont en aucun cas vocation à assurer la tenue du conflit, mais d’assurer le débit d’effets dès le premier jour et ce jusqu’à ce que la chaine de production approvisionne en débit.
Ces stocks de consommables ne sont ainsi pas tant dépendant du risque d’ampleur de conflits, ni de l’ampleur des risques, mais bien du temps à réassurer le débit de réception de ces consommables, et fonction du débit de sortie (tirs) requis durant cet intervalle (soit de l’intensité du conflit dans ses premiers jours \ semaines \ mois).
(c) Julien Maire

